Diabolus in musica – Céline Rosenheim

Si vous lisez cet article, alors cela veut dire que vous souhaitez plonger dans les ténèbres et découvrir un monde où la nature se fait primitive et les esprits maléfiques.
« Diabolus in Musica » est un roman de Céline Rosenheim édité aux éditions du Chat Noir depuis 2015. Ce livre a marqué mon esprit, pour plusieurs raisons. Au travers d’extraits ainsi que d’une présentation de l’auteure, je vous expliquerai pourquoi.

Titre: Diabolus in musica
Auteure: Céline Rosenheim
Éditeur: Éditions du Chat Noir
Illustration: Mina M
Format: Broché – 152 pages – 14,90€ / Numérique – 172 pages – 4,99€
Parution: juin 2015
Genre: Fantastique gothique

Résumé:

Yann est un être solitaire pour qui seule la musique compte, ses projets Sjel et Totentanz représentent tout son univers. Si sa timidité et son esprit rêveur ont toujours suscité l’incompréhension et le rejet, le jeune homme sait aussi que ce caractère a forgé sa créativité. Aujourd’hui, alors que les ombres menacent, sa différence pourrait être un don encore plus précieux, bien au-delà de son talent musical, car Yann perçoit une présence qui plane autour de la scène black metal, une aura maléfique qui pourrait bien anéantir l’inspiration et la vie des musiciens.
J’ai toujours préféré le mode mineur, plus mélancolique. On dit qu’il est le mode de la nostalgie et c’est une humeur qui me correspond. Je voudrais commencer mon récit par une note de musique et je crois que ce livre s’écrira en sol mineur.

Extrait n°1:

Qu’ai-je à regretter ? Je me suis souvent demandé ce qui provoquait ce sentiment si fort en moi. Je crois que j’aspire à un temps révolu, lorsque la nature n’était pas encore lacérée par les griffes de notre orgueil. Peut-être ce monde-là n’a-t-il jamais existé. Il me semble que, dès les prémices de son histoire, l’Homme a voulu s’imposer au mépris de tout. Mais pourquoi dis-je notre orgueil ? Je ne me reconnais pas dans ce chaos de béton que certains nomment progrès. Une fuite en avant, voilà ce à quoi je résumerais le cheminement humain. J’aime la majesté des forêts enneigées et la solennité des rivages de tempête, la beauté des éléments à l’état brut. Ces choses-là s’apprécient dans le silence, mais je n’ai jamais su trouver quelqu’un pour m’accompagner dans ce recueillement, dans cette vision de la nature comme un autel.

Prologue
Source de l’image : wall.alphacoders

Présentation de l’auteure:
Céline Rosenheim

Céline Rosenheim (un pseudonyme) est titulaire depuis 2012 d’un master 2 d’anglais, son mémoire ayant pour sujet le vampire.
Si la littérature gothique lui tient particulièrement à cœur, l’auteure se passionne pour l’art sombre sous toutes ses formes. En plus de son travail d’écriture, elle joue de la guitare, du piano et s’essaye à la photographie.
« À l’encre de tes veines » (Rebelle Éditions, mai 2012) est son premier recueil de nouvelles. Deux de ses romans sont à paraître fin 2019/2020 : « Consolament« , roman de fantasy historique, sera publié chez Séma; « En la forêt de triste amertume« , son roman qui mêle vampirisme et quête arthurienne sur fond de guerre de cent ans, sera publié aux éditions du Petit Caveau.

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Source photo et biographie: Babélio

Extrait n°2:

Je portais mon intérêt sur « Les souffrances du jeune Werther » de Goethe, car cette oeuvre était le premier livre qui m’avait touché et avait durablement influencé mes pensées. J’aimais particulièrement la façon dont le narrateur décrivait sa lente transformation, d’un bonheur innocent au désespoir le plus profond. Ses sentiments amoureux pour une femme qui ne les partageait pas et la peine qu’il en concevait me restaient hermétiques, mais je comprenais son regard sur le monde, sa façon d’appréhender les mystères de la nature. Mon étude se concentrait d’ailleurs sur cette exaltation romantique des paysages et n’accordait que peu d’importance à la relation entre Werther et Charlotte. Je me focalisais sur l’influence que pouvait avoir l’humeur de Werther sur ses perceptions et inversement. Je me plaisais à relire les œuvres romantiques qui plaçaient l’être solitaire et tourmenté au cœur de forêts grandioses. Elles montraient que la beauté qui émanait de ces lieux était le plus grand remède pour les âmes blessées qui, comme moi, cherchaient à atteindre leur vérité profonde. Ce livre m’accrochait à la réalité, en établissant un pont entre mes songes les plus secrets et mes projets les plus concrets, il me rassurait et me permettait d’avancer.

Chapitre 2
Source de l’image : myatlas.com

Présentation de l’illustratrice:
Mina M

Aussi loin qu’elle puisse se souvenir, Mina M a toujours été passionnée par le dessin. Ce n’est qu’en l’an 2008 qu’elle découvre l’utilisation de la tablette numérique et la peinture digitale. Depuis, la plupart de ses travaux d’illustration sont peints par le biais de Photoshop, même si elle utilise encore les outils traditionnels.
Son inspiration ? Les contes de Perrault, Andersen ou des frères Grimm. Ou encore la littérature fantastique, le cinéma expressionniste allemand et les œuvres surréalistes empreintes d’une inquiétante étrangeté fascinante.

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Source biographie: Éditions Le héron d’argent / Source photo: Babélio

Extrait n°3:

Cédric trouva la lettre en rentrant chez lui, puis il apprit que d’autres musiciens de nos connaissances avaient reçu le même courrier. Chaque groupe se voyait accusé d’hérésie dans un message personnel qui tentait d’analyser son imagerie et ses paroles cependant, la fin était invariablement la même: « Si la colère divine se faisait attendre, soyez certains que nous serions Sa main! ». Je ne fus pas surpris de voir que la scène black metal dans son ensemble était visée par ces menaces, mais seuls mes amis étaient pour le moment tombés sous les griffes des créatures. L’angoisse que j’avais ressentie à la vue de la blessure de Cédric ne m’avait pas quitté et les mêmes cauchemars m’avaient poursuivi les nuits suivantes. Les images de suppliciés et de visages lacérés continuaient de me hanter.
Quelques jours plus tard, Cédric me proposa de passer la journée avec lui et j’acceptai en pensant que je pourrais ainsi me rassurer et voir que les créatures ne suivaient pas ses pas. Mon ami était guide-conférencier, spécialiste des monuments médiévaux. Il travaillait régulièrement pour le château du Haut-Koenigsbourg et je l’accompagnai lors d’une de ses visites. Les touristes se faisaient rares et seule une poignée de personnes nous rejoignit vers onze heures pour écouter les commentaires de Cédric. J’étais ravi de ce calme relatif d’autant que le ciel se couvrait de nuages toujours plus nombreux, j’appréciais cette atmosphère froide et triste qui donnait au château une silhouette encore plus majestueuse.

Chapitre 8
Source de l’image : goodfon.com

Mon ressenti:

J’avais chroniqué « Diabolus in musica » l’année de sa sortie (lien en fin d’article). Ce roman avait été un coup de cœur pour moi. Encore aujourd’hui, il reste ancré dans ma mémoire.

Le thème du Black Metal peut rebuter, car c’est un genre qui à mon sens reste mal compris, étant généralement perçu dans l’imaginaire comme essentiellement ténébreux et sataniste.

C’est pour cela que j’ai apprécié la démarche de Céline, car elle n’a pas pris parti en tentant de convaincre le lecteur par rapport à sa propre expérience ou la passion qui l’anime pour ce style. Elle a surtout orienté son récit sur la création musicale, l’inspiration. En dénonçant de façon acerbe les travers de la société, elle a souhaité faire réfléchir sur la nature humaine.

Mais au-delà de la critique sociétale et de la musique, ce qui rend ce roman si touchant pour moi est la sincérité dont Céline a fait preuve, notamment à l’égard de la nature. À travers sa très belle plume, elle se fait vibrante et authentique. Elle m’est apparue comme un personnage à part entière. Malgré la froideur et la tristesse apparentes, Céline prouve que quand nous prenons le temps de la contempler, elle se fait belle et majestueuse.

Bien que le roman soit elliptique, cela n’empêche pas l’imagination de travailler puisque le style de Céline est très imagé.

Quant aux personnages, ceux-ci apparaissent comme marginaux, mais dont la sensibilité est belle et bien là. Psychologiquement tiraillés, il n’en reste pas moins touchants pour la plupart, bien que l’on pourrait leur trouver un côté trop distant. Certains auraient d’ailleurs mérité un plus large développement, mais ça n’a pas entaché ma compréhension à leur égard.

Pour conclure, si vous ne connaissez pas « Diabolus in musica » et que l’envie vous prend de le lire, alors je ne saurai que trop vous conseiller de tenter l’aventure. Mais je tiens à dire qu’il ne faut pas se fier au thème du Black Metal, prenez simplement le roman pour ce qu’il est: un récit intimiste et ténébreux, mais sachant aussi se faire poétique et lumineux, où la créativité musicale et la nature prennent une place centrale.

Chronique ici.


FLORENT
Chroniqueur
Rédacteur

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